L’île de Vango
3. Analyse d’un extrait significatif
Vango avait les vêtements à peine froissés.
Il venait de s’échapper par les toits du Palais
de Justice et il était redescendu le long de la Sainte-Chapelle.
Un jeune magistrat l’avait vu passer
verticalement devant sa fenêtre, un autre eut même droit à un petit geste de
Vango qui le priait de l’excuser du dérangement. Honteux de cette
hallucination, aucun n’en parla jamais à personne.
Vango sortit du marché aux oiseaux un intant
après qu’Ethel eut disparu au coin de la rue.
Dans un monde parfait, on aurait rêvé qu’une
main bienveillante fasse que l’un s’attarde un peu et que l’autre se presse
davantage pour qu’au même instant ils se retrouvent ensemble devant la
fourgonnette noire de La fin des rats.
Dans un monde parfait, il y aurait eu de la musique au lointain, et un rayon de
soleil sur le trottoir.
Mais aurait-il fallu, même dans un monde
parfait, dévier ces deux vies et les traiter comme des pions qu’on pousse d’une
case en avant ou en arrière juste pour le plaisir d’une scène de retrouvailles
au ralenti ?
Vango entra donc seul dans l’automobile.
Les évènements ne s’étaient pas déroulés comme
prévu. Vango avait menti à Zefiro. Depuis son départ des îles Éoliennes, il
avait un plan secret. Il voulait parler à Boulard, enfin, pour lui expliquer
tout ce qu’il savait et lui ouvrir les yeux sur d’autres pistes que la sienne.
En présence de Zefiro, il ne craignait rien. Le commissaire Boulard
l’écouterait.
À l’entrée, on l’avait empêché de passer. Il
avait fait semblant de se résigner. Il était passé par la façade et les toits.
Mais Boulard et Zefiro n’étaient pas dans le
bureau.
Il avait finalement dû confier une lettre trop
vite écrite à une secrétaire qui lui avait fait les yeux doux avant de crier au
secours.
Vango démarra la voiture.
Si les choses tournaient mal, il avait la
consigne de ne pas attendre Zefiro. Ils devaient se retrouver plus tard dans
une gare. Un bout de papier s’étalait sur la vitre de la voiture. Vango sortit
pour le retirer. Assis au volant, dans le carme du moteur, il le parcourut.
Ce fut comme les seize ballonnets d’hydrogène
du Graf Zeppelin qui auraient sauté un à un dans sa poitrine.
Vango pouvait lire trois mots répétés plusieurs
fois, et un prénom. Les mots allaient changer sa vie. Le prénom l’habitait
depuis ses quatorze ans. Ces mots et ce prénom avaient une chance sur un
milliard de se retrouver sur ce papier, en ce lieu et à cet instant.
Qui es-tu ?
Qui es-tu ?
Qui es-tu ?
Ethel.
pp. 258-260
J’ai eu des difficultés à trouver un
extrait, car Vango est un carrefour de nombreux genres littéraires et rares
sont les extraits qui permettent d’en brasser plusieurs. De plus, le but de la
quête n’est pas atteint et il ne connaît toujours pas ses origines. Bref, j’ai
encore tellement de questions que je n’arrive pas à trouver un extrait
significatif. Pourtant, j’en ai choisi un parmi d’autres…
Vango est un antihéros victime d’un
complot dont les fondements resteront secrets dans le premier tome. Il est
accusé d’un crime qu’il n’a pas commis, mais le voile qui cache cette
conspiration se soulèvera sans doute en même temps que le secret de ses
parents. Il est en pleine quête identitaire, et il a besoin de connaître ses
origines pour comprendre qui il est.
Puisqu’il est constamment pourchassé
par des inconnus et le commissaire Boulard, l’habitude de Vango de sauter d’un
bâtiment à un autre se révèle pratique. Tout au long de ses voyages, il doit se
cacher des dangers en traversant des toits et en escaladant des façades. Son
aventure est agencée par des stratégies qui lui permettent de rester en vie et d’empêcher
quiconque de le retrouver. Dans cet extrait, la nouvelle péripétie a été de
suivre Zefiro jusqu’à Paris afin qu’il identifie Voloï Victor, mais ce n’était
pas le dessein que Vango avait en tête : il voulait parler au commissaire
afin de lui raconter ce qui se tramait. En effet, que ce soit Vango ou le
commissaire, ils n’ont que très peu de pistes afin d’élucider le mystère qui
gravite autour du héros.
Dans cette histoire plusieurs
aventures se rencontrent, mais elles tournent autour d’une seule
personne : Vango. Je voulais montrer, grâce à l’extrait, qu’il était
vraiment difficile de le retrouver ; même Ethel, son amour impossible qui
est partie à sa recherche, le croise sans le savoir et ce, à plusieurs
reprises. Toutefois, cette fois-ci, ce sera différent, car elle a laissé un
message sur le pare-brise. Le hasard des aventures fait parfois bien les
choses : elle avait écrit ce mot pour un mystérieux inconnu et Vango en
sera le destinataire inopiné. En pleine recherche de son identité, un tel mot
était comme un coup de pied dans une fourmilière.
4. Conclusion de mon
analyse du genre : « Un genre, des genres »
Je
pense que le genre littéraire dominant dans ce livre est le récit d’aventures,
car le héros quitte les îles Éoliennes afin de vivre une série de péripéties.
Il partira un an en dirigeable, il fera des allers-retours entre le continent
et les îles à plusieurs reprises et il ira jusqu’en Écosse pour retrouver
Ethel. Il découvrira de nouveaux pays, de nouvelles contrées. Il parlera avec
des personnes de toutes nationalités et il se fera plusieurs amis à travers
l’Europe. Parallèlement, d’autres personnages vivent des aventures tels qu’Ethel
qui partira plusieurs fois à Paris pour retrouve l’homme qu’elle aime ou
Eckener, le capitaine du zeppelin, qui cachera Vango des Nazis. Nous retrouvons
également des thèmes récurrents dans le récit d’aventures : la forêt en
Écosse, la mer Méditerranéenne et les îles Éoliennes. Le héros voyage à pied,
en bateau et même en dirigeable !
Un mystère plane également autour de
Vango et justifie sa quête identitaire. En effet, au fur et à mesure des
actions, la vérité se dessine et les épreuves subies par le héros finiront par
lui permettre de comprendre. En effet, Vango ne sait pas qui il est, car tout
le monde autour de lui a caché la vérité afin de le protéger, mais maintenant
qu’il est plus grand, il a besoin de connaître ses origines pour appréhender sa
propre existence : pourquoi a-t-il dû vivre caché sur une île avec sa
nourrisse ? Pourquoi des hommes lui tirent-ils dessus ? Pourquoi
l’a-t-on accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis ? Nous le voyons, au
début du roman, grandir sur l’île et ensuite, il en est séparé pour vivre de
nouvelles expériences qui le transformeront : il devait voir le monde s’il
voulait intégrer le monastère. Il veut s’émanciper de son ancienne vie, alors
il a fui et grâce aux adultes qu’ils côtoient et qui lui font confiance
(Mademoiselle, Zefiro, Eckener, etc.) il arrivera à atteindre sa liberté.
Malheureusement, il rencontre une
myriade d’évènements inattendus. Au moment de se faire ordonner prêtre, Vango
est accusé du meurtre du père Jean. Il ne comprend pour quelles raisons on
l’accuse et décide de fuir – à nouveau – la police. Le commissaire Boulard
décide donc d’enquêter sur l’identité de ce jeune garçon que tout le monde
semble connaître sans pouvoir expliquer qui il est. Il est déterminé à trouver
l’assassin et pour cela, il devra enquêter sur la vie de Vango. Poussé par sa
soif de vérité, il utilisera tout son pouvoir et son savoir-faire ; il
réunira des pièces du puzzle sans pour autant apporter une réponse claire. Il
sait que l’on a essayé de tirer sur le héros durant la cérémonie et que sa vie
est en danger : il y a donc une tension de vie ou de mort ; il est à
la fois le coupable et la victime. Par conséquent, ce qui sépare Vango du
commissaire Boulard est le but de leur mission : l’un est en pleine quête
identitaire tant dis que l’autre mène une enquête en vue de rétablir
l’équilibre judiciaire.
Tous ces hasards, ces incidents, ces
voyages sont inscrits dans un contexte historique et donc, dans la réalité
: l’entre-deux-guerres. En-arrière plan, Hitler construit l’Allemagne qui sera
l’élément déclencheur de la deuxième guerre mondiale. Le plus bel exemple est
le zeppelin d’Eckener qui doit obligatoirement porter la croix gammée, car il
est la propriété de la grande Allemagne. Toutefois, les indices historiques ne
sont pratiquement que d’un registre descriptif : des noms allemands, des
nazis enquêteurs, etc. L’auteur n’aborde pas les crises sociales et économiques
qui marqueront l’avènement d’une crise mondiale. Parallèlement, Timothée de
Fombelle a tout de même donné un rôle important à la fille de Staline qu’il a
nommée fictivement Setanka. Son destin est également lié à Vango puisqu’elle a
peur pour l’Oiseau. Par conséquent, le caractère historique du roman a pour but
d’apporter au récit un cadre spatio-temporel réaliste afin que l’on puisse
s’imaginer les mœurs, l’atmosphère et les décors de l’histoire.
Finalement, la polyphonie de ce
roman rend l’analyse très complexe, car chaque personnage apporte une caractéristique
différente ; chacun a une aventure et un dessein différents, mais tous
gravitent autour de Vango. Tous les personnages, tous les différents genres
rendent l’univers tellement construit qu’il en devient, pour le lecteur,
presque réel.
ROUTISSEAU, Marie-Hélène, Des romans pour
la jeunesse ? Décryptage,
Paris, Belin, coll. “Guide Belin”, 2008, pp. 39-61.
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