"Un livre qu'on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu'on n'a pas lu."

[Antoine Albalat]

avril 24, 2012

GENESIS ALPHA et les marchands de clones

                      En vue d’une future séquence de leçons sur la première et la quatrième de couverture, j’aime analyser l’aspect d’un livre afin d’émettre des hypothèses de lecture.  En effet, cette démarche me permet de m'améliorer, car je serai un jour amener à développer l’esprit critique des élèves lorsqu’ils choisiront un roman.
                        L’habit ne fait pas le moine et parfois, les apparences sont trompeuses. C’est le cas, par exemple, de « L’Affaire Jennifer Jones » d’Anne Cassidy. Son roman laisse croire au lecteur qu’il va se plonger dans un roman policier alors qu’il découvrira un roman réalise à travers les yeux d’une meurtrière en pleine rédemption.

            La première de couverture est trempée de sang. Le rouge et le noir donnent une impression de mouvement. Les bulles confirment l’aspect sanguin et renforcent l’aspect muable de la couverture. En arrière-plan, deux ombres presque identiques ; l’une semble plus petite que l’autre.  En avant-plan, un titre, « GENESIS ALPHA », écrit en majuscule et en police moderne.

            Par conséquent, l’histoire sera centrée sur deux personnages. Sans doute deux frères, car le sang rappelle le lien consanguin ; sans doute des jumeaux, car les ombres sont pratiquement identiques. Le titre, quant à lui, se décompose de la manière suivante : « Genesis » est un mot anglais ; il signifie « Genèse ». Ce mot, que l’on retrouve volontiers dans la Bible, est à l’origine grec et se traduit par « le commencent », « l’origine ». « Alpha » est également grec et représente, entre autres, la première lettre de l’alphabet hellénique. L’intitulé du roman et l’illustration ouvrent donc un éventail très large :

S’agit-il d’un roman de science-fiction ?
L’histoire sera-t-elle centrée sur deux frères jumeaux ?
Parlera-t-on de manipulation génétique ?


Quatrième de couverture

« Max est en détention provisoire depuis
trois semaines.
Presque un mois.
Il peut se passer beaucoup de choses
en un mois.
Mon anniversaire, par exemple ; même si
personne ne s’en est rappelé. J’ai treize ans
maintenant.
J’en avais douze quand la fille est morte. »

Josh et Max. Max et Josh. Deux frères, presque jumeaux. Deux frères, qui partagent tout. En particulier leur passion pour Genesis Alpha, leur jeu vidéo, leur seconde vie. Mais lorsque Max est arrêté pour le meurtre d’une jeune fille, il ne s’agit plus de jouer…
Tout accuse Max. Mais est-il vraiment le monstre que l’on dépeint ? La vérité risque d’être plus terrible encore…

            La quatrième de couverture commence par un extrait. J’y découvre le meurtre d’une fille. J’y apprends également le nom d’un coupable, Max. Le narrateur sera interne, car il est le héros et il parle en « je ». En outre, il semble avoir été effacé par ce drame ; il en subit les conséquences.
            Ensuite, je lis un résumé apéritif. Il commence par un chiasme et une anaphore qui renforcent le lien entre deux frères, Josh et Max. L’un d’eux est coupable d’un meurtre et il a été arrêté par la justice. Genesis Alpha se révèle être un jeu vidéo où se retrouvent les deux frères. Et enfin, le résumé apéritif se termine par un questionnement qui incite le lecteur à en savoir davantage.   

            Comme vous venez de le lire, il ne s’agira pas d’un roman de science-fiction. En effet, ce résumé prend des allures policières, car le lecteur découvrira l’identité du véritable meurtrier. De plus, les deux ombres de la première de couverture sont effectivement deux frères, Max et Josh, mais ils ne sont pas jumeaux. Le héros s’appelle Josh et il a treize ans. 

 
« Pourrais-je proposer ce roman à mes futurs élèves ? »

              Lorsque je me pose cette question, je pense tout d’abord à la difficulté de compréhension. J’essaie, tant bien que mal, de constituer une liste de lectures que je pourrais proposer à mes futurs élèves ; une liste de lecture qui leur conviendrait. 

              Genesis Alpha est un roman très facile à lire : les phrases sont claires, la syntaxe n’est pas saccadée et le vocabulaire est courant. L’écriture est très fluide et cela permet au lecteur d’avancer rapidement dans l’intrigue. De plus, les étapes narratologiques sont rapides et donc le lecteur n’a pas le temps de s’ennuyer. Il y a également beaucoup de suspense et on a envie de terminer le roman pour connaître le fin mot de l’histoire.

              D’un autre côté, un professeur de français se soucie également du message que l’auteur à voulu transmettre dans son roman. Même si ce critère rentre en deuxième position, il est toutefois le plus important, je pense. Toutefois, à ce niveau-là, je suis mitigé : d’une part, j’ai trouvé les personnages légèrement déments. Même les parents ont une part de folie, car ils ont été irresponsables et égoïstes en dépit de l’amour qu’ils ressentaient pour leur jeune fils mourant. Ils n’ont pas réfléchi aux conséquences psychologiques sur leur cadet lorsque la vérité éclaterait. Quant à Rachel, la sœur de la victime, je ne l’ai pas trouvée crédible dans son rôle de la martyre vindicative. Comme les médias, elle lance à tout-va des arguments qui, d’un point de vue du développement de la personnalité, n’ont aucun sens. Je pense évidemment à l’histoire des frères jumeaux séparés à la naissance et qui, une fois devenus adultes, ne se ressemblent pas sur le plan comportemental. Et pourtant, ils partagent le même ADN et sont, physiquement, pratiquement identiques. Autrement dit, certains passages du roman m’ont énervé, mais je suis conscient que les médias et les hommes, en général, peuvent être durs avec certains sujets sociétaux et cela pourrait être un sujet intéressant à développer avec ce roman.  D’autre part, il y a un autre point qui mérite d’être abordé, c’est celui de la science expérimentale. Autour d’un débat, le clonage n’est-il pas dangereux d’un point de vue éthique ? Les hommes se perdent quelquefois eux-mêmes dans leur technologie ; la procréation devrait-elle devenir artificielle ? (c.f. « Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley).

              En définitive, quoique le roman soit accessible à mes futurs élèves du premier degré, je crains que les messages transmis par l’auteur ne les dépassent. Sont-ils prêts cognitivement à aborder des sujets tels que l’éthique scientifique ? Pour être franc, je n’en suis pas sûr et j’aimerais que l’on me le dise. Bien que je pourrais adapter ce sujet à leur âge, mais ce roman touche à un sujet qui mérite un approfondissement suivi, car il est extrêmement important, surtout à notre époque où la science médicale affirme encore aujourd’hui la splendeur technologique de l’Europe. 


Le clonage : développement ou régression ?

 A
près la manipulation génétique des plantes (Les OGM), aujourd’hui le clonage des animaux est autorisé. Malgré cette ligne morale qui est déjà dépassée, on continuera à développer cette technique, car de nombreux investisseurs continueront à nourrir les fonds de caisse. En effet, la rentabilité est due à la haute valeur commerciale d’un animal reproduit à l’identique en ne tenant nullement compte de sa bonne santé.  Certaines entreprises ont d’ailleurs essayé de vendre de la nourriture d’animaux clonés, mais des associations telles que Food and Drug Administration continuent à construire des barrières interdisant cette pratique.  Ce combat entre valeurs humaines et valeurs économiques continuent à l’heure actuelle, surtout qu’un bovin cloné se vend extrêmement cher sur le marché. En outre, cette démarche est brevetée du fait des molécules synthétiques créées et utilisées dans la fabrication de médicaments courants tels que l’aspirine, les anti-inflammatoires, etc. Parallèlement, les organes greffés sur l’homme répondent également à ces critères. Autrement dit, si l’on interdit le clonage, on devrait également prohiber la fabrication de cellules artificielles pourtant présentes dans de nombreux médicaments que l’on consomme quotidiennement. C’est pourquoi, il est important d’opposer le clonage reproductif et le clonage thérapeutique. En effet, les finalités ne sont pas les mêmes, mais elles justifient son progrès. Les lois sont claires et pourtant, la RTBF a déclaré récemment que les Japonais seront capables de cloner un mammouth d’ici quelques années. Alors dites-moi, sommes-nous toujours dans le thérapeutique ? 
              Aujourd’hui, même si le clonage humain ou l’humain transgénique est interdit, le sera-t-il toujours ? Dans un monde où le marché économique domine, ou les entreprises vendent tout ce qui peut être vendu, quel sera le prix d’un humain cloné ? Le roman d’Aune Michaels ouvre la porte, mais il ne nous fait pas visiter l’intérieur. Quelles seront les conséquences sociétales de cet enfant cloné ?

JORDAN Bertrand, Les marchands de clones, éditions du Seuil, Science Ouverte, Paris, 2003.



avril 08, 2012

Le doigt tendu - Claude Raucy

« Depuis tout à l’heure, l’aventure était entrée dans ma vie. J’avais connu l’angoisse, les décisions rapides, les surprises dramatiques. Je n’avais plus besoin de Jules Verne.
            Plus rien, jamais, ne m’étonnerait. » p.38
            Le récit de Claude Raucy n’est pas une histoire de guerre telle que nous avons l’habitude d’en lire. Nous pénétrons dans l’univers d’un enfant juif qui s’enfuit de Bruxelles pour se réfugier à la campagne. Il s’émerveille encore devant le monde malgré le danger qui le guette jusqu’au jour où son ami, Jacques, le doigt tendu vers sa maison, le dénonce. À partir de cet évènement, Pierre devra grandir précipitamment.
            L’atmosphère grise des temps de guerre n’est pas présente au début du roman, car nous sommes en 1941 et lorsqu’elle est déclarée, les hommes fuient vers des lieux sûrs. Pourtant, dans un monde où le système s’effondre et où tout s’achète, même une parole, nous révélons notre véritable nature : celle de bien ou celle du mal. Parmi les mauvais, il y a les boches nazis (ce surnom me fait rire, car c’est ainsi que mon père les appelle également),  les autres qui sont prêts à agir pour eux et il y a surtout Jacques. Parmi les bons, il y a les résistants, les familles de résistants et les vieux messieurs musiciens qui recueillent les enfants égarés.
            Le voyage de Pierre est ironiquement extraordinaire si bien qu’il voyage d’un bout à l’autre sans que nous sachions comment s’est fidèlement déroulé son voyage. Il y a bien quelques anecdotes par-ci et par-là, mais je trouve ce passage très saccadé. Le héros se retrouve à Paris après avoir fui Saint-Mard et a été recueilli par un vieux monsieur aux airs sympathiques.   
            Même si Pierre a perdu son enfance le jour où Jacques l’a pointé du doigt, il essaie de continuer à vivre et de découvrir son adolescence. Cependant, je suis légèrement agacé par ce personnage de quinze ans qui laisse un vieux monsieur jouer du violon toute la journée pour acheter quelques miettes à manger. Je comprends qu’il ait envie de rencontrer d’autres jeunes gens dont Rebecca,  mais à cet âge-là et à cette époque-là, il devrait avoir d’autres chats à fouetter. Il est juif et son ami est Tzigane. Ils sont donc tous les deux recherchés par la Gestapo. Pierre pourrait être plus discret qu’un troubadour dans le centre-ville de Paris ! Et puis, les Allemands ont, une nouvelle fois, débarqué dans sa vie. Ils ont emmené Rebecca et ils ont fouillé l’appartement de François. Retournement de situation dans une vie qui commençait à se réconforter. Pour la deuxième fois, Pierre survit grâce à une tabatière. Mais cette fois, il ne va pas fuir, il va rechercher son vieil ami. J’ai enfin l’impression qu’il devient un homme.  
            Lorsqu’il l’a retrouvé, ils ont dû rester neuf mois dans une cave à attendre. Renfermés quasiment une année, sans voir la lumière du jour, ces deux hommes auraient dû devenir insensés. En outre, je comprends la joie qu’ils ressentent au moment où les alliés se rapprochent. L’extase de la liberté, l’odeur d’une nouvelle journée qui commence, mais cet épisode est passé trop rapidement – comme beaucoup d’autres. Il m’arrive de rester chez moi, mais au bout de quarante-huit heures, je sens déjà l’impatience de voir le monde. Alors quelles sont les conséquences de ces mois passés sous terre ? Quelles sont les idées noires qui ont dû traverser leur esprit ?
            Et puis, une page se tourne, et un nouvel évènement dramatique surgit. Quand François est tombé, je m’attendais à une scène qui exprimerait la perte d’un être cher, d’un homme qui, finalement, a passé le reste de sa vie et de sa vieillesse à protéger un jeune garçon juif. Alors pourquoi la haine qu’il éprouve contre Jacques surgit-elle à ce moment-là ? Cette façon de transférer un sentiment d’une scène à une autre est un comportement typique de l’adolescent.
            Rebecca et François, les deux personnages qui ont permis au héros de survivre pendant cette période de guerre. Ils lui ont apporté de la nourriture, de l’amour, de l’écoute, de l’affection. Mais lorsque les pages se tournent, ils ont disparu, ils sont morts. Pierre retourne à sa vie naguère mais il ne la regarde plus avec des yeux d’enfant, mais avec ceux d’un homme qui a assez souffert pour ne plus avoir peur du monde. Ensuite, il retrouve sa famille saine et sauve. Comme si la guerre n’était plus qu’un souvenir, car ceux qui y étaient présents ne font plus partie du monde. Trop de douleur, trop de mal.
            Le dernier chapitre est évidemment celui qu’on attendait depuis une heure : la confrontation entre Jacques et Pierre. Dés les premiers instants, j’ai souhaité qu’il ne fasse rien. La guerre est le paroxysme de la douleur. Et là, Pierre a prouvé qu’il n’était plus l’enfant du roman : il avait le pouvoir de condamner Jacques, et je pense que ce dernier le savait également. Mais Pierre s’est montré plus digne, il l’a laissé vivre ; sans doute n’avait-il pas le droit de décider, sans doute n’avait-il pas envie de ressembler aux nazis ? Quoi qu’il en soit, il a choisi la vie après la mort.  

février 27, 2012

À la brocante du coeur - Robert Cormier

           Dès la première partie, nous comprenons d’emblée qu’il s’agit d’un roman policier. Ensuite le narrateur omniscient nous fait voyager de Trent, le policier, à Jason, un jeune élève qui vient de terminer son année scolaire. L’été est ensuite marqué par le décès mystérieux de la petite Alicia, une amie de Jason bien qu’elle soit plus jeune. Je précise ce détail, car je suis étonné qu’un jeune adolescent se lie d’amitié avec des filles plus jeunes - nous avons l’habitude de rencontrer le contraire. Lorsque le héros se fait interroger par l’inspecteur, je commence à soupçonner la police de le placer à la première place des suspects potentiels puisqu’il est la dernière personne à l’avoir vue vivante. En outre, je pense que j’aurais réagi de la même façon bien que l’on soit conscient de l’innocence de ce dernier.
                Certains passages me donnent un goût de déjà-vu. Par exemple, Jason dit au policier qu’il n’a rien vu de suspect, mais au fond, il la trouvait nerveuse et susceptible. Cette scène ne me laisse pas indifférent, j’ai l’impression de l’avoir déjà lue auparavant. Il y a également la scène dans le commissariat où Jack et Tim, deux brutes sportives, discutent d’une manière douteuse loin des autres jeunes suspects.
                 L’interrogatoire est une partie intéressante du roman : le narrateur omniscient glisse tantôt dans la tête de Jason, tantôt dans la tête de Trent. Cette stylistique nous permet de comprendre l’influence que les deux acteurs ont l’un envers l’autre.  Cependant, je trouve que le lecteur reste très passif, car on ne découvre rien de nouveau. Pas d’indice, ni de fait. Juste un simple rappel de la querelle sans doute insignifiante pour un frère et une sœur. Globalement, on reste sur la même lancé ; l’inspecteur continue son interrogatoire dans un but qui, finalement, n’amènera nulle part puisque nous savons que Jason est innocent.  De plus, pour un homme intelligent, ses questions et ses affirmations ne semblent pas perspicaces. En effet, lorsque Jason « s’évade » du commissariat, il reste planté à l’entrée d’un parking. Ce comportement ne confirmait pas une évasion ; cela aurait dû légèrement innocenter le jeune garçon.
                Le résumé formulé par l’inspecteur m’a fait sortir de mes gonds : d’une part, il affirme que Jason se sentait inférieur par rapport à Alicia, qu’il aimait les films et les livres violents ; d’autre part, l’inspecteur amène de manière subtile l’arme du crime, une pierre, et lors du résumé, il sous-entend que Jason en a parlé alors que l’information n’était jamais sortie du bureau de police. En somme, tous ces détails sont agaçants, car l’inspecteur, poussé par le sénateur, est prêt à tout pour trouver le coupable. J’aimerais qu’il s’attarde davantage sur la relation fraternelle et tumultueuse des derniers instants plutôt que de creuser un trou insignifiant  et de le remplir de suppositions infondées.  
                Et puis, Jason avoue le meurtre, mais je n’y crois pas – il n’y a aucune raison d’y croire – alors je suis encore plus en colère contre l’inspecteur. Je trouve ce retournement de situation frustrant, car le garçon est timide et affecté par le meurtre de son amie. Il sera accusé d’un fait qu’il n’a pas commis et le meurtrier – le frère – restera libre et insoupçonné. Soudainement, les incertitudes du frère se confirment et  le policier risque d’être rétrogradé pour avoir commis à son tour un crime. C’est à ce moment-là que je ressens un sentiment de justice. L’ordre est rétabli, le happy end tant attendu se profile à l’horizon. Je ne suis pas un fervent admirateur des fins heureuses, mais dans ce livre, particulièrement, j’éprouvais le besoin que cela se produise.
                La fin, quant à elle, reflète une idée qui avait traversé mon esprit. Toutes ces questions n’auraient pas pu laisser Jason indifférent. Toutes ces questions qui doivent avoir chamboulé son esprit aura des répercutions ; surtout à cette âge-là !

                Alors à force d’avoir cherché un monstre où il n’y en avait pas, on finit par en créer un qui n’existait pas.     

février 26, 2012

À la recherche du fantastique

              Dans le cadre d’une tâche-problème sur le récit fantastique, je me suis mis à découvrir quelques classiques du genre. D’une part, j’ai lu quelques romans afin de m’imprégner de l’atmosphère particulière et d’autre part, je voulais m’entourer de quelques œuvres afin de mieux cerner ce genre littéraire.
               
                J’ai,  bien évidemment, commencé par les romans que je possédais déjà. Je me suis donc tourné vers L’Étrange Cas du docuteur Jekll et de M. Hyde. Comme beaucoup d’autres, l’histoire effrayante de Stevenson ne nous est pas inconnue ; il existe une multitude de reprises et de parodies. Je citerai celles qui m’ont marqué durant mon enfance, c’est-à-dire les Looney Tones et les Simpson.
                C’est pourquoi, avant d’avoir lu le roman, j’avais déjà une idée à la fois vague et précise de l’histoire. En effet, je connaissais déjà bien les tourments du docteur, mais l’histoire originelle, quant à elle, restait inexplorée. 

                Est-ce réellement un récit fantastique puisque l’inexplicable aura certainement une explication scientifique ? 

                Après quelques lignes, j’étais déjà surpris de découvrir le héros, le notaire M. Utterson, un ami de l’honorable docteur Jekyll. Je pensais découvrir un antihéros victime de ses propres expériences, au lieu d’un homme intelligent, bourgeois et assoiffé de vérité. C’est ainsi que ce roman fantastique prenait l’allure d’un policier : le notaire est désireux de démasquer le coupable de tous ces méfaits. Malheureusement, la réponse de ses recherches a rendu le récit tellement célèbre que je connaissais déjà le fin mot de l’histoire après quelques pages. La comparaison des différentes lettres, le comportement étrange de M. Hyde, les disparitions et les isolements du docteur, tout confirmait l’hypothèse : M. Hyde et le docteur Jekyll est une seule et même personne.
                Cette chute, tristement découverte prématurément, aurait pu ralentir ma frénésie de lecture, mais l’ambiance était si obscure, le récit était si ensorcelant que je me suis pris au jeu. En effet, l’écriture était fluide et le vocabulaire si bien choisi qu’on se plonge et qu'on se noie dans un univers ténébreux où se mélangent les crimes, les secrets et le mal. On imagine sans cesse des rues  et des pièces tristement éclairées par des réverbères et par des lampes à pétrole où des ombres espiègles pourraient nous observer. Alors même si l’on a l’impression que le héros tourne en rond à rechercher un meurtrier que l’on connaît déjà, on prend du plaisir à s’imprégner de cette ambiance qui, personnellement, n’arrive pas à la cheville de grands auteurs contemporains tels que Stephen King. 
                « Je dis bien « il » - comment pourrais-je dire « je » ? Car ce fils de l’enfer n’avait rien d’humain ; rien ne l’habitait que la peur et la haine. » P.118
                Le dernier chapitre, où le narrateur devient le docteur Jekyll, nous découvrons un combat sans merci entre le bien et le mal. Un combat qui pose une question de conscience, car nous avons tous une petite voix dans notre tête qui nous répète sans cesse de bien agir et parfois, nous avons une autre petite voix qui nous incite au contraire.   
« Tout le malheur du genre humain provient de ce que ces deux monstres incompatibles ont été liés l’un à l’autre – de ce que dans le sein torturé de la conscience ces pôles jumeaux se livrent une lutte sans merci. Comment, dès lors, les dissocier ? » P.98

                À la fin du roman, j’en ai conclu qu’il s’agissait bien d’une œuvre fantastique, par son atmosphère, son vocabulaire et le sentiment de peur omniprésent. Toutefois, l’étrange, qui engendre l’angoisse et le doute, a une explication scientifique ; et l’étrange scientifique est propre au récit de science-fiction. Par conséquent, je dirai que l’œuvre de Stevenson est un récit fantastique, mais qui n’écarte pas les premières portes qui s’ouvrent au SF.

                Dans la même veine, j’ai lu L’île du docteur Moreau, car ce récit se classe tantôt dans le récit fantastique, tantôt dans le récit de science-fiction. Et puisque j’avais choisi, entre autres, ce roman pour émettre des hypothèses de lecture dans ma séquence sur le fantastique, je me suis penché sur cette œuvre afin de trancher moi-même.
                Encore une fois, L’île du docteur Moreau est tellement connue que je mettais déjà fait une image assez précise : une île inconnue, un docteur mystérieux, des personnages hideux, et des bruits furtifs au-dessus de notre épaule.
                Au début du roman, je commençais à le classer dans le fantastique, car Prendrick, le héros rencontre le terrifiant et le mystérieux. En effet, une fois arrivé sur l’île, il se retrouve confronté à des hurlements de bêtes torturées, à des domestiques mi-hommes mi-bêtes, à des bêtes dangereuses qui le poursuivent, la nuit, dans une forêt tropicale. L’ambiance est également sombre, car à la tombée de la nuit, il n’y a pas grand-chose pour les éclairer ; surtout en pleine forêt. De plus, la passage de la réalité à un lieu fermé et étrange - ici, une île - est un thème récurrent dans le fantastique.
« Plus loin, à l’ombre de quelques fougères géantes, je tombai sur un objet désagréable : le cadavre encore chaud d’un lapin, la tête arrachée et couvert de mouches luisantes. Je m’arrêtai stupéfait à la vue du sang répandu. L’île, ainsi, était déjà débarrassée d’au moins un de ses visiteurs. » p.52
                Mais rapidement, l’histoire tourne au désastre scientifique : entre les arbres, entre les rochers vivent une multitude de monstres.  Ces êtres hideux et repoussants sont la conséquence d’expériences cruelles opérées par le docteur lui-même. Même s’ils ont perdu de leur capacité cognitive, ces hommes-bêtes sont dotés du langage et peuvent communiquer de manière rudimentaire. Rassemblés dans des cavités rocheuses,  ils forment une sorte de tribu obsédée par La Loi. En effet, cette microsociété partage des valeurs communes le plus souvent liées à la peur de la maison de la souffrance (la cabane du docteur Moreau). Par conséquent,  ce roman fantastique prenait des allures de science-fiction. En effet, il critique de nombreux aspects de la société victorienne en pleine évolution technique et de surcroît, scientifique : certaines pratiques de recherche, les dangers de la science, le darwinisme, l’homme et l’animal,  voire même la minorité asservie par la peur de l’autorité.
                En outre, je ne comprends pas pourquoi l’éditeur a écrit sur la quatrième de couverture : « Un grand classique du roman fantastique par l’auteur de La guerre des mondes et de L’homme invisible. » alors que le roman se trouve clairement à la frontière de deux genres littéraires. 

février 19, 2012

Un livre qui dit tout

Le livre qui dit tout

                « Ça, c’est une bonne vachement bonne idée. Et tu sais où commence le bonheur ? Il commence quand on cesse d’avoir peur. » Mme Van Amersfoort.  P. 38

                Pour être franc, j’ai lu ce livre d’une seule traite, alors je ne sais pas par où commencer… Il est court, facile à lire et vraiment bien écrit ; c’est pourquoi je n’avais pas envie de m’encombre d’un ordinateur ou d’un bloc-notes. Je voulais simplement découvrir ce roman sans m’arrêter, sans distraction. Je n’ai pas émis d’hypothèse de lecture, peut-être parce que je n’en étais pas capable : l’histoire était simple si bien qu’il était difficile d’imaginer la suite du récit. Toutefois, j’ai trouvé ce livre très beau. Thomas est naïf comme tous les enfants de son âge, il a une imagination débordante, mais il est excessivement touchant, car il est courageux et bon. De plus, il est entouré de bonnes femmes sympathiques et également pleine d’amour. Bref, l’amour, la bravoure, la solidarité et l’humour rythment ce récit.   
                Les femmes ont un rôle extrêmement important dans ce roman : elles apportent et représentent toutes les caractéristiques de ce roman citées plus haut : l’amour (Eliza, Maman), la bravoure (Maman, Mme Van Amersfoort, Margot) et la solidarité (représentée par toutes les femmes à la fin du récit). Quant à l’humour, il est principalement apporté par Thomas, le héros du roman.  
                Le livre qui dit tout aborde également différents thèmes sociaux tels que l’après-guerre, les femmes battues, les religions, le droit des femmes, etc.  Ce sont des sujets qui, évidemment, nous interpellent. Au XXIe siècle, les droits humains ont une part importante dans notre société, et ils sont constamment au centre de débats sociopolitiques d’où l’importance de sensibiliser, parfois indirectement, nos élèves pour qu’ils développement, selon leur sensibilité, de l’empathie.
                Rares sont les livres qui arrivent à provoquer en vous une lecture lunatique : j’ai ri, j’ai été attristé, j’ai été choqué et quelquefois, j’ai simplement souri. Cela me rappelle d’ailleurs « Une pièce montée » de Blandine Le Callet où nous découvrons un mariage à travers différents personnages de tous âges : d’une petite fille à la grand-mère de la mariée, de la belle-sœur au marié. Les morceaux du puzzle s’assemblent au fur et à mesure que les différents personnages prennent la parole. L’auteur arrive à nous émouvoir de diverses façons, car les préoccupations varient selon l’âge et la place que nous occupons durant une telle célébration.  C’est pourquoi ce sont des livres qui doivent être lus sans coupure afin que nous ressentions la magie de ces romans ; ce don que l’auteur utilise pour nous transporter d’un sentiment à un autre, d’une vision de la réalité à une autre.